FRIC-FRAC CLUB

« Je pense donc je ne suis pas » Fernando Pessoa

samedi 14 juin 2008

Le cinquième postulat. Roberto Bolaño, 2666. Partie 2.

« L’être humain est, grosso modo, ce qu’il y a de plus ressemblant à un rat. »


La quatrième partie, « La partie des crimes », est la plus terrible. C'est celle dont les critiques, dans la presse ou sur la toile, parlent le plus. Bolaño y recense la quasi-totalité des crimes qui ont été perpétrés à Ciudad Juárez entre janvier 1993 (avec la découverte du corps d’Esperanza (sic) Gómez Saldaña) et décembre 1997. A en croire Robert Amutio, le traducteur, cette partie est inachevée puisqu’elle aurait pu faire deux à trois cents pages de plus (cf. ICI), Bolaño ayant eu l’intention d’arriver jusqu’en 2002, ce qui aurait permis d’aboutir à environ quatre cents crimes [1]. Bien que cette partie suive quelques personnages, Bolaño y adopte le ton froid, glaçant du compte-rendu objectif. Nous avons droit aux détails de ces femmes âgées de onze à cinquante ans violées (par les trois voies pour un grand nombre), souvent torturées avant d’être tuées par strangulation, par armes blanches, par armes à feu ou par coups. Ces crimes, comme le montre Bolaño, ne sont pas l'œuvre d'un seul homme, mais celle d'un grand nombre, de tueurs en série comme le suggère la répétitivité de certains modes opératoires (certaines femmes sont systématiquement revêtues de deux pantalons, d'autres sont retrouvées à moitié enterrées, d'autres encore ont toutes le mamelon du sein gauche arraché avec les dents), de maris violents, de riches pervers dont certains sont amateurs de snuff movies, etc. Les victimes sont, pour la plupart, des prostituées ou des ouvrières travaillant dans les maquiladoras. Les maquiladoras sont des usines de sous-traitance des grandes entreprises américaines venant s'installer de l'autre côté du Rio Bravo pour utiliser une main-d'oeuvre bon marché. Cette expansion économique fait que, malgré une criminalité exceptionnelle, la population, surtout féminine, ne cesse d'augmenter : Ciudad Juárez est la ville du Mexique où le taux de chômage féminin est le plus bas.
Ces crimes, tout le monde s'en fout. Les flics locaux, la plupart corrompus, arrondissant leur fin de mois à la solde de narcotrafiquants plus ou moins mêlés à ces crimes, violant les prostituées dans les cellules de leurs commissariats, négligent ces enquêtes dont les victimes sont de misérables anonymes dont les corps ne sont d'ailleurs qu'assez rarement réclamés. Les victimes ne sont que des femmes, pauvres de surcroît. La troisième partie, « La partie de Fate », la partie polar, traite aussi de ce problème. Fate, un journaliste afro-américain venu à Santa Teresa couvrir un match de boxe, ne parvient pas à convaincre son journal de lui confier un reportage à ce sujet. C'est d'ailleurs peut-être une chance pour lui, car Bolaño nous montre que ceux qui s'intéressent à cette affaire meurent dans d'étranges circonstances (ce sera le cas de Harry Magaña, le shérif de Huntville ou du journaliste Josué Hernández Mercado). Il n'y a guère que Sergio González Rodríguez (qui apparaît dans 2666 sous son vrai nom) qui, parce qu'il est protégé au plus haut niveau politique, parviendra à mener une enquête, enquête dont il fera un livre récemment traduit : Des os dans le désert (cf. ICI). Si Fate parvient in extremis à sauver Rosa, celle-ci, parfaitement lucide, comprendra pourquoi :

« Nous sommes vivants parce que nous n’avons rien vu et que nous ne savons rien. »

Ciudad Juárez est un pôle d’attraction, une sorte de trou noir vers lequel, par l’intermédiaire des personnages, convergent, pour mieux s’y accomplir, toutes les formes du mal, formes qui fascinent tant Bolaño et dont nous avions déjà parlé ICI à propos de quelques-uns de ses ouvrages. On peut d’ailleurs noter qu’il n’y a aucun jugement moral, aucune hiérarchie : la bêtise, la mesquinerie, la frustration, la guerre dans toutes ses manifestations, les bombardements, la Shoah, la violence, le viol, les meurtres, etc., sont autant de facettes de ce diamant noir qu’est le mal. Le mal est le mal ; aucun discours ne saurait en dire plus que cette tautologie. Le Léviathan, prince du mal, règne sur terre, tel est le secret du monde que personne ne veut voir :

« Personne n’accorde d’attention à ces assassinats, mais en eux se cache le secret du monde. »

C’est ce qui explique le titre de ce livre, 2666 ; le vingt-et-unième siècle ne sera ni religieux ni féminin, il sera, comme l’a été le vingtième siècle, comme le sera le vingt-deuxième, le vingt-troisième et chaque siècle du troisième millénaire, il sera, disions-nous, une épiphanie du mal marquée du sceau de la Bête. Dieu s’est retiré du monde et son absence est éminemment présente. Les lieux-saints succombent eux-mêmes sous les coups de boutoir de toute cette démence maligne. Tel est peut-être ce que veut montrer Bolaño en s’intéressant à ce mystérieux maniaque surnommé Le Pénitent qui urine en pleurant dans les églises avant de saccager les statues des saints et de tuer tout ceux qui veulent l’en empêcher. Chargé de l’affaire, l’inspecteur Juan de Dios (sic) Martínez ne peut rien contre ce déchaînement de violence si ce n’est nommer cette folie : la sacrophobie ; une folie parmi d’autres, innombrables et insoupçonnées dont son amante, la psychiatre Elvira Campos lui fournira une liste non-exhaustive, exponentiellement surprenante puisqu’en plus de ces phobies bien connues que sont la claustrophobie, l’agoraphobie, la nécrophobie ou l’hématophobie, elle recense la géphydrophobie (peur de traverser des ponts), la pisciphobie (peur de manger des poissons), la clinophobie (peur des lits), la trichophobie (peur des cheveux), la logophobie (peur des paroles), la vestiophobie (peur des vêtements), la iatrophobie (peur des médecins), la gynéphobie (peur des femmes), la ombrophobie (peur de la pluie), la thalassophobie (peur de la mer), l’anthrophobie (peur des fleurs), la dendrophobie (peur des arbres), la optophobie (peur d’ouvrir les yeux), la pédophobie (peur des enfants), la balistophobie (peur des balles), la tropophobie (peur de changer de lieu ou de situation), l’agirophobie (peur de la rue), la chromophobie (peur des couleurs), la nyctophobie (peur de la nuit), l’ergophobie (peur du travail), la décidophobie (peur de prendre des décisions), l’anthropophobie (peur des gens), la météophobie (peur des phénomènes météorologiques), la pantophobie (peur de tout) et pire, la phobophobie (peur de ses propres peurs).
Ce monde qui a perdu sa gaieté créatrice pour être recouvert de ténèbres n’a plus pour centre la gare de Perpignan [2], mais Santa Teresa. Nous pouvons d’ailleurs nous demander pourquoi Bolaño a ainsi nommé Ciudad Juárez, pourquoi il a donné à l’enfer le nom d’une sainte. Chez un grand écrivain, il n’y a rien de gratuit et rien n’empêchait Bolaño de nommer Ciudad Juárez par son vrai nom. Cette raison, nous ne la connaîtrons jamais, mais nous pouvons risquer une interprétation. Sainte Thérèse affirme avoir eu des visions de Dieu en une extase de douleur après avoir eu le cœur transpercé plusieurs fois par la lame d’or d’un ange. Peut-être que les choses se sont inversées et qu’une vision extatique de la Bête est offerte à Santa Teresa par les multiples coups au cœur qui lui sont portés ? Santa Teresa s’élève sur les ruines du Château de l’âme.

C’est dans ce tourbillon d’irrationalité que s’est perdu Amalfitano. Il est soumis à une tension terrible parce que s’il voudrait éviter de nouveau la fuite, il craint à chaque instant pour la vie de sa fille. Lui, le philosophe, tente de conjurer le sort par une confiance en la rationalité qui s’effrite peu à peu et qui le conduit à un acte apparemment absurde : accrocher dans son jardin avec deux pinces à linge au fil de son étendoir un livre de mathématiques : le Testament géométrique de Rafael Dieste… Dès lors, tous les matins en buvant son café, tous les soirs d’avant de tenter de dormir, Amalfitano contemplera cette œuvre. Quel en est le sens ?
Il s’agit d’abord d’un hommage à Marcel Duchamp et du seul ready-made “réalisé” lors de son séjour en Argentine où il se consacra exclusivement aux échecs. Bolaño cite Calvin Tomkins :

« A l’occasion du mariage de sa sœur avec son ami intime Jean Crotti, qui eut lieu à Paris le 14 avril 1919, Duchamp envoya par courrier un présent au couple. Il s’agissait d’instructions pour accrocher un manuel de géométrie à la fenêtre de son appartement et l’attacher avec une corde, pour que le vent puisse “feuilleter le livre, choisir les problèmes, tourner les pages et les arracher”. »

Ce ready-made fut appelé Ready-made malheureux et Suzanne en fit plus tard un tableau : Le ready-made malheureux de Marcel (voir ICI). La symbolique du ready-made malheureux d’Amalfitano est extrêmement riche. De manière assez superficielle, on peut d’abord remarquer que Dieste, comme Bolaño, a connu l’exil et qu’il s’agit bien pour l’un et pour l’autre d’un testament puisque Amalfitano se demande souvent s’il n’est pas venu à Santa Teresa pour y mourir. Bien plus significatif est l’objet de ce livre. Il ne s’agit pas de géométrie classique, mais de géométries non-euclidiennes et plus particulièrement des théories de Riemann et Lobatchevski.

Pour faire simple, les géométries non-euclidiennes sont nées à partir du problème posé par le cinquième postulat des Eléments d’Euclide, le postulat des parallèles. Selon ce postulat, si deux droites sont sécantes avec une troisième de telle façon que la somme des angles intérieurs d’un côté soit inférieure à 180°, alors ces deux droites sont forcément sécantes de ce côté. Inversement, deux droites perpendiculaires à une troisième sont nécessairement parallèles, c’est-à-dire qu’elles ne se coupent jamais. L’une des conséquences de ce postulat est que par un point extérieur à une droite ne passe qu’une seule parallèle.
Tout le problème est qu’Euclide a fait de cette règle un postulat. Or, si un axiome est une proposition non-démontrée parce qu’indémontrable, un postulat est une proposition qui est si évidente qu’elle n’a pas besoin d’être démontrée bien qu’en théorie elle puisse l’être. Pendant des années, surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle, les mathématiciens ont cherché à démontrer ce postulat, ce qui est s’est avéré impossible. A alors germée l’idée d’une démonstration par l’absurde : en considérant comme faux ce postulat, on ne pourrait aboutir qu’à des systèmes géométriques incohérents, ce qui prouverait la validité du postulat. La surprise fut que l’on aboutit à des systèmes totalement cohérents et donc vrais. Pour que cela soit possible, il faut néanmoins abandonner le plan euclidien à deux dimensions pour adopter des espaces courbes. Chez Riemann, la courbure est positive, chez Lobatchevski, elle est négative :



Dans ces schémas, il s’agit toujours de droites puisqu’une droite est le plus court chemin entre deux points. On admet que chez Riemann, les droites se coupant au pôle, il n’existe pas de parallèles. Cependant, si on définit les parallèles comme des perpendiculaires à une même droite, alors on peut aussi dire que les parallèles se coupent. Chez Lobatchevski, on arrive à la conclusion qu’en un point, il existe une infinité de parallèles à une même droite. Ces géométries semblent n’être que de simples jeux. Elles sont vraies du point de vue de la cohérence interne, mais elles semblent fausses du point de vue de leur rapport au réel. Cela a été exact jusqu’à la théorie de la relativité qui montre notamment que l’espace est courbe. On peut donc dire que les géométries euclidiennes correspondent à la réalité telle que nous la percevons alors que les géométries non-euclidiennes correspondent aussi à la réalité, mais à une autre échelle, “cosmique”.

Ce détour mathématique permet de mettre en valeur deux aspects de 2666. Tout d’abord, les structures de ce roman sont non-euclidiennes. Santa Teresa est le point où tous les principaux destins parallèles se coupent : les critiques, Amalfitano, Fate et Archimboldi. Santa Teresa est aussi le lieu où toutes les manifestations du mal convergent par l’intermédiaire de ces personnages. Dans le roman lui-même, les contingences de l’histoire font que se croisent des personnages qu’a priori tout séparait : la géographie (notamment pour les critiques), les milieux sociaux et culturels (Archimboldi et la baronne von Zumpe), etc. On pourrait même tenter une étude qui permettrait de montrer que 2666 est le point de convergence de toute l’œuvre de Bolaño. Ciudad Juárez se trouve dans le désert du Sonora où s’achève Les détectives sauvages ; Lola dit avoir quelques temps travaillé comme femme de ménage, la nuit, dans des tours de Paris où elle a peut-être eu comme collègue Abel Romero d’Etoile distante ; Archimboldi est un écrivain tout aussi fictif que ceux de La littérature nazie en Amérique, Pepe, Le policier des souris, est lui aussi confronté à la naissance du mal ; on torture sans remords aussi bien dans 2666 que dans Nocturne du Chili ; le chiffre “2666” apparaît aussi dans Amuleto ; le nom “Lalo Cura” apparaît, quant à lui, dans Les putains meurtrières, etc.

Plus intéressant est le sort auquel Amalfitano soumet ce manuel de géométrie. Les géométries non-euclidiennes sont les outils indispensables afin de comprendre l’univers, afin de le rationaliser. Or, en accrochant ce manuel dans son jardin, Amalfitano propose un combat, celui de la rationalité contre l’irrationalité qui souffle sur Santa Teresa et c’est bien évidemment le manuel qui échoue, ses lignes et ses schémas disparaissant peu à peu sous la teinte ocre du sable du désert. De cet échec de la raison, Amalfitano n’a jamais douté :

« Qu’est-ce que c’est que cette expérience ? dit Rosa. Quelle expérience ? dit Amalfitano. Celle du livre accroché, dit Rosa. Il ne s’agit pas d’expérience, dans le sens littéral du terme, dit Amalfitano. Pourquoi le bouquin est là-bas ? dit Rosa. Ça m’est venu d’un coup, dit Amalfitano, c’est une idée de Duchamp, laisser un manuel de géométrie suspendu en proie aux intempéries pour voir s’il apprend deux ou trois choses de la vie réelle. Tu vas complètement l’abîmer, dit Rosa. Pas moi, dit Amalfitano, la nature. »

Le mal dans toutes ses manifestations soumet nos ridicules prétentions à la rationalisation. Le vent l’emportera et la raison, dans 2666, comme dans toute l’œuvre de Bolaño, n’a plus qu’à écrire son testament, qu’il soit ou non géométrique…

[1] Voir ICI le site La cité des mortes consacré à ce sujet.
[2] Déjà désacralisée par le meurtre de Diego Soto dans Etoile distante.







Roberto Bolaño
, 2666. Christian Bourgois. 30 €








Illustrations : Damien Hirst, For the love of God et Skull.

20 commentaires:

a.w. a dit…

Grand bravo ! Ce sont deux très beaux textes, qui me donnent totalement envie de replonger dans le livre, qui commence à me manquer, pour tout avouer.

(minuscule note : au tout début, il faut lire évidement "La quatrième partie"...)

Bartleby (ffc) a dit…

Merci Antonio ! La correction a été faite. C'est vrai que 2666 fait partie de ces livres que l'on peut lire, re-lire et lire encore parce que sa richesse est infinie.

Bustos a dit…

Bravo et encore bravo...
j'adore l'interprétation de Santa Teresa, ainsi que le l'idée de faire de Bolano un écrivain non-euclidien.
enfin sur les points de convergence entre les différentes œuvres de B, pécisons qu'il est sous-entendu que le narrateur n'est autre qu'Arturo Belano, ce qui vient boucler la boucle, et donne cette géniale unité.

g@rp a dit…

Ben moi, ça me donne envie de lire 2666, mais je ne le dis pas, sinon on va encore vouloir me battre.

Bartleby (ffc) a dit…

@ Bustos : Merci. Il serait, je crois, possible d'aller au-delà et montrer que Bolano s'inscrit dans ce qu'on appelle la pensée tragique et qu'il y a donc un rejet du principe de contradiction, l'un et son contraire pouvant être vrais en même temps. L'hypothèse d'Arturo Belano me plaît beaucoup, mais qu'est-ce qui te fait penser que c'est le cas ?
@ Garp : les moustachus adorent se faire battre...

g@rp a dit…

Manu n'est pas moustachu (et toc !)

Bartleby (ffc) a dit…

Certes, mais Manu est un grand malade. Je me demande d'ailleurs s'il n'est pas impliqué dans les affaires de Ciudad Juarez !

Bustos a dit…

C'est écrit à la fin de la note de la première édition (p 1016). Apparemment c'est une info tirée des brouillons de B. Il avait même pensé terminer ainsi 2666. "Et voilà tout, mes amis. J'ai tout fait, j'ai tout vécu. Si j'avais des forces, je me mettrais à pleurer. Je prends congé de vous. Arturo Belano."

Bartleby (ffc) a dit…

Excellente remarque camarade !

ecaterina a dit…

Quel travail !

Manu a dit…

Encore un article sidérant, Bartleby !
@g@rp : j'ai bien une moustache, mais elle pousse vers l'intérieur.
@Bartleby : et oui, je suis un grande Maladeu. Mais, depuis les événements de Ciudad Juarez, ça va beaucoup mieux...

Sinon, juste un bémol, sur le rapport des mathématiques au réel. Il ne faut pas oublier que les maths se fichent complètement du réel, et c'est vrai pour les maths euclidiennes comme pour les maths non-euclidienne (et d'autres encore bien plus complexes). Une droite n'entretient aucun rapport avec la réalité, elle n'existe que comme abstraction pure. Dès l'antiquité, les mathématiciens percevait leur activité comme contemplative et abstraite. Sa "mise en pratique" était considérée comme utile, mais vulgaire. La correspondance au réel est donc totalement irrecevable en tant que critère de vérité mathématique. Seule compte la qualité de la démonstration partant de postulats et d'axiomes. En cela, l'utilité pratique d'une théorie mathématique, donc son champ d'application au réél est purement fortuite. Cependant, effectivement, la science mathématique fournit une boîte à outil indispensable à la compréhension, en fait la modélisation du réél. Je pense que toute compréhension de la réalité est en fait un exercice de simplification : projection du réél sur un modèle physico-mathématique existant et intelligible.

Ce rapport des maths au réél est souvent mal compris des non-initiés. Lacan, par exemple, en ramenant la structure névrotique à un tore. En prétendant même que la structure névrotique était exactement un tore. ça n'a pas de sens. Rien n'est exactement un tore à part un tore.

Bartleby (ffc) a dit…

Tu as tout à fait raison Manu et je ne crois pas dire le contraire, d'où ma distinction entre vérité comme cohérence interne et vérité comme correspondance au réel. Il n'empêche que les maths comme outil sont, dans notre esprit, essentielles. Poincaré lui-même disait que les géométries non euclidiennes n'étaient qu'un divertissement parce qu'elles n'avaient aucune application possible.

Manu a dit…

Je voulais juste signifier que parler de vérité comme correspondance au réel n'a pas de sens en mathématique.
Aucune théorie mathématique n'a d'application a priori. C'est a posteriori que peut apparaître son intérêt pratique.
Et c'est vrai aussi bien pour le théorème de Pythagore que pour les théories les plus pointues et abstraites.
L'assertion de Poincaré est applicable à l'ensemble des maths.
Et nul ne peut prévoir à l'avance qu'une théorie trouvera ou non une application au réel.
Par contre, il est clair que les autres sciences seraient bien vite bloquées si elles ne disposaient pas d'un panel mathématiques théorique à leur disposition, dans lequel elles peuvent "piocher" des modèles adaptés à leurs besoins.
Ce que je dis est particulièrement vrai aujourd'hui (plus qu'à l'époque de Poincaré), car l'ensemble des maths de pointe est totalement stratosphérique, et bien malin qui pourra en prédire une application quelconque.

Bartleby (ffc) a dit…

Toujours d'accord ! J'ai dû être maladroit dans mon papier et dans ma réponse. Une mathématique est vraie lorsqu'elle est cohérente, point. Je parlais ensuite des maths comme outil, ce qui est différent. Sans aller jusqu'aux maths stratosphériques dont je ne sais absolument rien (même pas que ça existait !), il y a de nombreuses axiomatiques qui n'ont aucune application et ce n'est pas grave !

dao-pailler a dit…

Très belle chronique, et les commentaires pointus sont tout aussi intéressants. Je me suis permis de faire référence à votre article dans un message que je viens de poster sur 2666 (http://daopailler.canalblog.com/archives/bolano_roberto/index.html). Il n'a pas la précision et la rigueur du vôtre, mais il m'a permis de prolonger un peu la lecture de ce livre stupéfiant.

Encore bravo pour la qualité de votre blog !

temporel a dit…

J'aime également beaucoup cet article pour l'espace riemannien et pour des raisons que vous comprendrez bientôt Bartleby mais j'apprécie aussi votre article dao-pailler, je ne peux pas faire un commentaire sur votre blog parce que je me suis fixée une contrainte de ne jamais faire de commentaires ailleurs que sur les blogs du continent flottant du FFC sous le nom de -temporel- et jamais avec un autre nom ou en tant que anonyme par contre je lis les liens externes ce qui représente une continuité de mon travail, nos 3 sensibilités à la lecture de 2666 sont complémentaires. Vous allez penser que je triche par rapport à la règle, à la contrainte territoriale mais disons que je m'accorde ce clinamen, cette déviation tout en restant sur le territoire de Bartleby du FFC.

Bartleby a dit…

J'ai hâte de comprendre chère Temporel. Un petit indice ?

temporel a dit…

La seule chose que je puisse indiquer pour l'instant est de lire le blog -3615 code Labuse-. Les dialogues ont l'air de rien et pourtant ils signifient : le rien est dans 2666. Nous construisons en improvisant, l'édifice peut tomber c'est périlleux mais comme chacun a une rigueur même dans le rire, ça fonctionne.

dao-pailler a dit…

@ temporel : chère Temporel, votre discipline me fascine. Lorsque je me fixe des règles, je n'ai souvent pas la force de caractère de m'y tenir. Vous m'avez tout l'air d'un algorithme bien huilé (vous allez me dire qu'un algorithme ne s'huile pas, mais je ne peux comprendre la notion d'algorithme qu'en visualisant un certain nombre de rouages imbriqués). Vous êtes même arrivée à me persuader que vos déviations (et improvisations) se sentent tout à fait libres de se déployer à l'intérieur des contraintes que vous vous fixez. Je sais maintenant quel est mon objectif dans la vie : être vous ;-)

@ Bartleby : Mr Bartleby, vous avez laissé un gentil mot sur mon blog, et je vous en remercie. Je croyais ne pas être sensible aux flatteries, mais les vôtres me vont droit au coeur. Néanmoins, je m'efforce de ne pas me laisser aller à l'autosatisfaction quand on me compare, même de très loin, à un écrivain. J'ai écrit un texte - probablement un roman - qui ne fait que participer à cette vaste entreprise de camouflage dont parle Bolaño dans 2666. Il y a vraiment de quoi se poser des questions sur l'acte d'écrire...
Bien à vous

temporel a dit…

Il y a des fois on se dit j'attends Godot et on attend, on attend et puis non enfin Quelqu'un est venu. Vous êtes déjà temporel, Dao-Pailler, puisque si j'ai bien tout compris votre blog est né le 20 juin or je suis réellement née un 20 juin, les nombres font leur racontouze. L'algorithme, c'est aussi la théorie des graphes de Claude Berge alors que je n'ai pas le niveau mathématique pour le comprendre mon imaginaire prend le relai, il y a toujours un moyen d'accéder à la connaissance et d'imaginer (www.pedagopsy.eu/entretien_berge.htm (et les liens du lien). J'ai lu votre partie 2 de 2666 et je me rends compte que j'ai oublié déjà des personnages. J'ai donc fait une installation dans une cave de feuillets relatifs à 2666, il y a 8 territoires axènes (ça peut changer) et 8 territoires à contaminer uniquement par les Chums du Fric Frac Club. Pour l'instant, un seul territoire est contaminé; le feuillet de l'écrivain Bolaño avec 2 territoires aux lignes pointillées, on n'y touchera pas. J'avais prévu sur mon feuillet -Bifurcata- 2 territoires pour accueillir "Quelqu'un va venir", vous êtes le premier à qui je fais une proposition, pouvez-vous nous rejoindre chez -3615 CODE LABUSE- et nous donner 2 mots qui correspondent à votre perception-lecture de 2666, prenez votre temps, la place vous est réservée. Tout est improvisation chez Labuse, il n'y a même pas de canevas ou de discussions entre nous en dehors du blog, je suis l'intruse. Je suis ravie que quelque chose arrive enfin, je tiens à vous dire que je ne vais pas n'importe où, n'importe quand, avec n'importe qui, par contre je fais n'importe quoi avec une exigence émotionnelle.
Je vais lire -§iamoises- après la pile prévue depuis longtemps.